MAIS OU VONT-ILS CHERCHER TOUT CA?

 
      Me voici devant une toile blanche avec un vague projet en tête. Je m'installe et je fais le tri dans mes désirs. Si j'attaque ce sujet, adieu à tel autre. Si j'aborde un thème aérien les fonds sous marins m'échappent.
      Enfin le pinceau glisse sur la toile, ébauchant à la hâte un personnage, puis un autre, puis le fauteuil qui l'accueille, puis le chien à ses pieds et la procession qui se rapproche en brandissant des bannières...
      Le lendemain, l'esprit dispos, je peux commencer   à ébaucher une ambiance colorée en peignant des fonds.   D'abord de façon plus que sommaire, puis en modifiant par endroits les nuances et qu'importe si un personnage est verdâtre parce qu'il est sur un fond de forêt. Les superpositions viendront facilement à bout de ce qui pourrait le chagriner. Le corps de la nymphe sera, en fin de compte, de couleur chair comme il se doit.
      Une nuit passe et la peinture sèche. je peux maintenant continuer à préciser les couleurs et penser à l'éclairage qui va les nuancer. Encore une nuit ou deux et voici que je plonge dans les détails. A ce stade il s'agit d'enrichir et de travailler un morceau particulier, puis un autre, puis un autre jusqu'à satiété.
      Enfin vient le moment où des glacis  et des restructurations de lignes permettront de réintégrer cet élément dans l'ensemble de la composition. Car nous voici maintenant au coeur du sujet : un tableau n'est pas qu'une image ou un sujet, ni un simple assemblage de parties, aussi intéressantes et réussies soient-elles. Il est avant tout un ensemble organique, cohérent et naturel comme un animal ou un corps humain. Aussi la richesse de la diversité ne doit jamais faire oublier l'unité de l'ensemble. Un détail très réussi par lui même doit souvent être sacrifié au bénéfice du tout. Et cela nous aménerait directement à la métaphysique si je ne craignais de vous importuner...
      Se pose maintenant la question de l'auteur : qui crée et comment? J'ai bien peur que toutes les idées romantiques cultivées à l'égard des génies autoproclamés de l'art moderne ne soient que fabulations pour amuser un vain peuple. En réalité nous ne sommes que des médiums et tout se passe comme si la présence de l'artiste, certes indispensable, était comparable à celle du poste de télévision qui ne fait que rendre manifeste ce qui l'informe de façon subtile. Bien sûr l'artiste est conscient et il vibre, il éprouve des émotions, il est animé par des désirs et est contraint par des peurs. En un mot il incarne la nature humaine comme vous et moi. Mais l'essentiel ne vient-il pas de plus loin, d'un fond plus vaste et plus universel? C'est en surface que nous imaginons être des entités autonomes et indépendantes. Au niveau des racines c'est une autre histoire. Or le rôle de l'artiste est justement de faire émerger ce fond commun à toute humanité qui fait que rien de ce qui concerne l'autre ne nous est totalement étranger.

                                                                     Christian Lepère , le Chesnay le 29 septembre 2006
                                                                                                                                    copyright Christian Lepère


                  
                                                                               
                                                                         "Taches" - huile sur toile (voir dans galerie "divers")                  
        
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          CREATION QUAND TU NOUS TIENS....
                            Du biologique au pictural


      Au début tout est simple. Envisageons un oeuf, ou plutôt un ovule. Même fécondé il reste d'apparence très minimaliste et c'est tout à fait rassurant. Mais attention, voila qu'il se divise en deux, en quatre, en huit...Jusque là on peut suivre, c'est une simple duplication à l'identique. Mais maintenant que se passe-t-il? Tout se complique, des dissidents apparaissent, se distinguant de leurs voisins par des caractéristiques inattendues. Souci d'originalité? Non programmation. Et petit à petit on voit des amas se former, des structures s'élaborer et des ébauches d'organes faire leur apparition. Tout cela pourrait mener à un chaos informe et cancéreux mais la nature sait ce qu'elle fait. Voila maintenant qu'elle supervise tout grâce à un réseau de relations pour faire circuler les informations indispensables à la cohésion de l'ensemble. L'influx nerveux apparaît parcourant les neurones, les glandes endocrines sécrètent des molécules formatées pour en programmer d'autres qui à leur tour rétroagiront sur d'autres messagers qui...La diversité et la complexité s'entraînant mutuellement engendrent les solutions les plus extravagantes. Et petit à petit un organisme humain se constitue. Il lui restera ensuite à établir des relations avec d'autres corps du même type créant ainsi la société et la civilisation. L'amas de protéines est maintenant un être humain, mon semblable, mon frère. Il a un état civil et une raison sociale. C'est un honnête homme et seul dans sa mansarde il s'adonne à sa passion : la peinture.
      Et voila que le processus recommence...à un autre niveau et par d'autres moyens. D'abord la toile blanche, simple et rassurante. Pourquoi diable venir troubler une ambiance si paisible? Enfin la passion est ce qu'elle est et le peintre muni de pinceaux ne peut s'empêcher d'intervenir. D'abord de façon schématique : à droite une grande tache,à gauche une sorte de cube. Très vite reliés par des lignes de force, des diagonales et des courbes engendrant des contre-courbes.
      Si il est abstrait le peintre va s'arrêter là, son génie ayant pu s'exprimer totalement. D'ailleurs si il était conceptuel et contemporain il se serait bien gardé d'aller aussi loin, la simple surface blanche l'ayant pleinement satisfait. En admettant même qu'il se soit laissé compromettre au point d'aller acheter de la toile et des couleurs chez un marchand, souillant ainsi la pureté d'un concept en principe délivré de toute compromission avec la pesanteur suspecte de la matière.
      Mais voila, notre peintre dans sa mansarde est un nostalgique, un rétrograde. Il lui faut du concret, du vécu pour témoigner de sa vitalité. Le vocabulaire abstrait de base ne lui suffit pas. Il lui faut de la sueur et du sang et du rire. Enfin un petit supplément d'âme ne lui déplairait pas.
      Au point où en sont les choses le voila contraint  à revenir sur son oeuvre. La grande tache à droite quittant son statut larvaire va se transformer en une femme    emportée dans un tourbillon d'étoffes. Le cube à gauche, plus architectural va devenir un château du Val de Loire, orné de pinacles et de lanternons, mais bien sûr vu en perspective plongeante. Quant aux diagonales, aux courbes et aux contre-courbes issues du baroque, elles vont lier le tout en l'intégrant dans un vaste paysage avec au fond quelques lointains bleutés. Pardonnez lui mais comme Proust le peintre a aussi sa petite madeleine et les lointains plutôt bleutés ont toujours éveillé chez lui une nostalgie poignante de paradis perdu. Allez donc savoir pourquoi?
      Cependant, comme il n'est pas totalement niais, le peintre sait bien que sa peinture est avant tout une construction formelle, une architecture qui se veut cohérente et équiulibrée et qui à ce titre doit être conçue avec la logique biologique  du développement organique. Celle là même qui a permis l'élaboration de son propre corps aisi que celle du corps du peintre conceptuel qui, dans son ingratitude, méprise sa mère nature en se voulant pur esprit.
       Le peintre doit donc poursuivre son abstraction, plus ou moins lyrique et de toute façon organique si il veut que son tableau soit harmonieux                 comme de la musique visuelle. Ainsi à tout instant il lui faut rendre hommage aux formes que lui procure l'inépuisable spectacle de la vie : hommes, bêtes et plantes, rochers vagues et nuages, le tout situé dans des lieux choisis. Et ce tout en restant constructif et cohérent d'un point de vue abstrait.
      La quadrature du cercle pourrait symboliser cette apparente contradiction et pourtant avec un peu de pratique et d'humilité il semble que ce soit à la portée de toute personne qui a vraiment des choses à dire et qui possède simultanément la maîtrise technique nécessaire.
      Mais le peintre est sans doute un peu sage. Il a en tout cas compris que ce que la nature avait mis des millions d'années à élaborer, à faire surgir et à peaufiner peut maintenant être repris à son niveau, les procédures ayant eu le temps de faire leurs preuves. Il se sait de toute façon n'être que le prolongement de l'élan vital qui, parti de l'amibe et ayant élaboré des formes de plus en plus complexes en est arrivé à fabriquer son propre corps. Corps dont il n'est que le locataire passager mais dont il peut jouir pour participer au spectacle flamboyant du déploiement de la vie.
                                                                                                                le Chesnay le 2 mars 2009

                                                                                                                                                  copyright Christian Lepère


                      
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           HOMMAGE A PHOTOSHOP



      Longtemps j'ai enseigné les arts plastiques. Ouvrir des horizons aux enfants et leut transmettre quelques techniques de base pour s'exprimer me paraissait salutaire. Un des exercices proposés était le photomontage : rudimentaire, certes, avec des ciseaux et de la colle mais permettant de mettre des moustaches à la Joconde avant de passer à des facéties plus élaborées.
       C'est donc avec un intêret frémissant que j'ai découvert Photoshop et la manipulation graphique. Dès l'abord et une fois les principes intégrés, les possibilités se révèlent extraordinaires
      Faire apparaître une lande bretonne, y installer une tour médiévale puis y faire griumper des gens de soi connus (la famille c'est fait pour ça) et leur faire commetre les pires imprudences est assez stimulant. Et puis on peut les dupliquer, faire de l'individu une foule, les vêtir et dévêtir, enfin outrer les couleurs    pour rendre l'atmosphère plus exaltante, ou bien atténuer les nuances pour nimber l'image de poésie. Bref, tout ou presque devient possible.
      Cependant il faut préciser que la machine, aussi véloce et sophistiquée qu'elle soit n'est qu'un robot bête et discipliné. Ceux qui en attendraient un surcroît de créativité ou un supplément d'âme seraient bien penauds. En gros la machine fait ce qu'on lui commande faire, de façon assez fidèle si vous maîtrisez les commandes mais aussi avec des surprises parfois ahurissantes si vous êtes dépassé par la complexité des logiciels.
      Cela n'a donc rien à voir avec la création artistique authentique et l'expression du monde intérieur d'un être de chair et de sang. Dans ce domaine comme dans d'autres une maîtrise sérieuse des rudiments est fort utile : savoir observer et dessiner, équilibrer des couleurs et organiser des formes abstraites sont des préalables. Sinon il se passera peu de choses et le premier instant d'enthousiasme passé l'amateur remisera sa tablette graphique au placard où sa durée de conservation sera optimisée mais sans bénéfice créatif véritable.
 
                                                                                                                                          le Chesnay, 28 septembre 2006