"La création du monde" - huile sur toile - 100 x 81 cm



                                               LA CREATION DU MONDE

                   Immuable l'Absolu reposait en lui-même. Un beau jour las de cet état de choses, il se fit deux, comme ça, pour voir, par pure espièglerie. Ainsi il put se faire peur et se séduire, se pourchasser et se rejoindre, se fuir et se réunir. Il ne lui restait plus qu'à nommer la femme, puis son compagnon. La pièce prête, le décor planté, l'histoire pouvait débuter. On ne sait que trop quelles en furent les suites...
              Mais les pires turpitudes ont leur bon côté et les peintres, réjouis de l'aubaine purent tirer de l'anatomie féminine une inspiration tout en courbes et sinuosités, tandis que la virilité fièrement érigée leur procurait l'exaltation d'une énergie revigorante.
              Certains, comme on pouvait s'y attendre n'en furent pas satisfaits et craignirent pour le salut de leur âme. Mais bon an mal an, d'autres pensèrent que tout cela ne présentait aucun caractère de réelle gravité. Ils laissèrent donc l'Absolu gérer la situation tout en vaquant pour leur part à leurs occupations habituelles.
                                                                                                                                    copyright Christian Lepère
             
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"DALI ET SES MUSES"


                           
                                                                                                      
                                                                                                             
             
                                                                              huile sur toile - 130 x 97 cm


                              
                                                             "Supplice de Tantale" -  huile sur bois - 27 x 22 cm



                             HOMMAGE A BREUGHEL

       C’est vers douze ans, je crois, que les personnages des peintures de Breughel m’ont, d’entre les pages d’une revue, invité à fréquenter leur monde. D’abord sensible au pittoresque et séduit par les bigarrures de costumes bariolés peuplant des paysages si réels qu’ils ne pouvaient être que d’un autre monde, je ne tardais pas à pressentir autre chose sous la surface.
       Déjà hanté par quelques questions métaphysiques (j’étais un peu précoce et curieusement orienté dans cette voie peu usitée) je me mis à réfléchir au sens de notre présence au monde. Personne, on s’en doute, ne m’y encourageait. Mais voila, c’était plus fort que moi, j’étais inquiet, perplexe et irrésistiblement attiré par l’au-delà des apparences.
       Breughel répondait à sa manière : lui qui était fasciné par l’infinie richesse du monde sensible semblait voir plus loin. Dans ses tableaux une évidence s’imposait : l’unité englobait les contraires, les détails les plus infimes et les plus ordinaires s’intégraient dans une harmonie complète, incluant même les fausses notes et les discordances. En un mot, quelles que fussent les circonstances, même au sein des scènes les plus révoltantes telles que « Le massacre des innocents » ou « Le triomphe de la mort » tout reposait sur un ordre transcendant tous les désordres imaginables.